Il est le seul champion du monde de Formule 1 à n’avoir jamais soulevé son trophée. Cinquante ans après sa mort à Monza, Jochen Rindt revit sous les traits du dessinateur Rémi Peyrard, dans une BD signée Damien Martinière.
Il est un peu après 15 heures, le 5 septembre 1970, lorsque la Lotus 72 noire et or quitte les stands de Monza pour une ultime sortie. Au freinage de la Parabolique, Jochen Rindt plonge soudainement vers l’intérieur. Elle disparaît sous les glissières de sécurité. Un bruit sourd résonne. Quelque chose s’est brisé. Jochen Rindt, 28 ans, Autrichien, meurt avant d’arriver à l’hôpital.
En rejoignant l’écurie Lotus, la plus rapide et la plus dangereuse, en 1969, le pilote autrichien avait, sans le vouloir, signé pour sa mort. Après avoir remporté cinq Grands Prix en 1970, il mène le championnat du monde avec 45 points. Son plus proche poursuivant, Jacky Ickx, en a 27. Pourtant, après le Grand Prix de Monza, il reste cinq Grands Prix et Jochen Rindt n’est plus. Personne ne le rattrapera au classement. Le 4 octobre 1970, il devient le seul champion du monde de Formule 1 sacré à titre posthume. Sa femme Nina monte sur le podium pour recevoir le trophée.
Un roman graphique en hommage au pilote
Parmi les champions du monde de Formule 1, Jochen Rindt a l’histoire la plus intrigante. Champion du monde à titre posthume, il connaît la gloire et un destin tragique qui lui enlève la possibilité de soulever le trophée tant convoité pour lequel il a sacrifié sa vie. Damien Martinière, auteur du roman graphique « Rindt, la quête de l’éternité », a voulu mettre en avant ce récit.

Issu de l’audiovisuel et passionné de Formule 1 depuis l’enfance, le Pictavien se prend d’affection pour l’histoire de ce pilote . « J’ai lu une biographie et je me suis dit qu’il y avait vraiment une histoire à raconter. C’était vraiment un personnage, il était très charismatique. C’était une figure du paddock ». Mais au-delà de l’aura du pilote, c’est surtout un détail intime qui va bouleverser Damien : « Ce qui m’a marqué, c’était la promesse qu’a faite Rindt à sa femme en lui disant que s’il était champion du monde, il arrêterait la Formule 1. »
La relation Colin Chapman et Jochen Rindt
Au travers de son parcours chez Lotus, à partir de 1969, l’histoire nous guide dans un « style graphique plus moderne et dans la narration » de la vie du futur champion du monde. Ses triomphes, sa gloire mais aussi sa relation très particulière avec Colin Chapman. Toujours marqué par la perte de Jim Clark deux ans auparavant, le patron de l’écurie veut attirer l’un des meilleurs pilotes pour piloter ses voitures. « C’est un peu comme une sorte d’histoire d’amour entre eux, où ils se tournent autour. » L’un comme l’autre sont animés par une même quête de gloire, et c’est cette envie commune qui va donner naissance à leur collaboration, aussi forte que fragile.

Lors du Grand Prix d’Espagne 1969, couru sur le circuit de Montjuïc à Barcelone le 4 mai, Jochen Rindt et Graham Hill terminent tous les deux dans le mur. Ce sera la dernière course où des F1 roulent avec des « high-wings ». Les deux Lotus subissent des ruptures catastrophiques de leur aileron arrière. Rindt, qui avait décroché la pole et menait la course, percute le mur exactement au même endroit que Hill quelques tours plus tard. « Là, ça explose », explique l’auteur du roman. « Rindt ne parle plus à Chapman. Ils s’envoient des lettres, parlent par médias interposés ou via Bernie Ecclestone, qui était le manager de Rindt. »
Derrière leur ambition commune, la relation se fissure brutalement, et l’œuvre laisse alors apparaître toute la complexité de leur collaboration.
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Jo, le double de Jochen
Le roman entraîne donc le lecteur à travers 100 pages, dessinées par Rémi Peyrard, dans une plongée intime dans l’esprit de Jochen Rindt. Une époque où la Formule 1 flirtait constamment avec la mort.
« L’année 70 était assez dramatique avec Bruce McLaren, avec Piers Courage et d’autres. Ils voyaient leurs amis mourir. Mais ils y allaient quand même, alors qu’ils avaient des femmes et des enfants », explique l’auteur, avant de s’interroger : « J’arrive pas trop à savoir si c’était une quête d’égo ou une quête d’adrénaline ».
Cette tension psychologique prend forme à travers un personnage fictif : Jo. Bien plus qu’un simple double, il incarne la part sombre du pilote, inspiré de Serge Gainsbourg et son alter ego appelé « Gainsbarre ». « C’est vraiment deux personnages différents », précise le scénariste. D’abord presque invisible, Jo apparaît comme une présence diffuse : « Jochen va entendre une voix ou percevoir, dans un reflet, dans l’eau, dans le miroir, quelque chose comme ça ».
Mais au fil du récit, à mesure que Rindt s’éloigne des avertissements de son entourage, cette part obscure gagne du terrain. « Ce personnage-là va prendre de l’ampleur et va se matérialiser de plus en plus jusqu’à être un vrai personnage qui a un corps, un visage ».
Le rôle de Nina
Face à cette dualité, Nina Rindt joue un rôle central. Elle agit comme un véritable point d’équilibre. « Elle a vraiment ce contrepoids », souligne Damien Martinière, qui insiste sur la difficulté de ne pas la réduire à « juste la femme du pilote ».
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Presque comme une conscience, elle s’oppose à Jo, cette voix intérieure qui pousse toujours plus loin. « On peut dire que Nina représente le côté ange […] et puis Jo le côté démon ». Une opposition qui structure tout le récit et donne une profondeur émotionnelle à l’histoire. « C’est une sorte de tragédie grecque moderne » qui nous emporte dans l’histoire d’un homme trop méconnu en France.
Pour soutenir ce projet et permettre à cette histoire de voir le jour, une campagne de financement participatif est actuellement en cours sur Ulule. Elle se termine le 3 avril 2026, dernière ligne droite pour transformer ce récit en réalité.









