Non, il ne s’agit pas d’une Mazda MX-5 recarrossée. L’Abarth 124 Spider a un moteur turbo qui grogne, une capote qui se baisse en trois secondes et un différentiel autobloquant qui vous fait mordre la route comme personne. L’Abarth 124 Spider, c’est le roadster que l’Italie n’aurait jamais dû arrêter de fabriquer.

Une renaissance née d’un mariage italo-japonais

En 2012, lorsque Fiat et Mazda entament des discussions pour développer un roadster en commun, personne ne mise vraiment sur le projet. L’époque n’est pas aux cabriolets sportifs, les SUV commencent à dévorer les parts de marché, les normes antipollution se resserrent, et les petits roadsters sont une espèce en voie de disparition.

Pourtant, en novembre 2015, au Salon de Los Angeles, la Fiat 124 Spider fait son retour officiel. Et en mars 2016, au Salon de Genève, c’est l’Abarth 124 Spider qui est dévoilée. Une version que tout le monde attendait sans le savoir.

Le principe est simple : les deux marques partagent une plateforme et une chaîne d’assemblage, celle de Mazda, à Hiroshima au Japon, mais chacune développe sa propre carrosserie et son propre moteur. Chez Mazda, c’est la MX-5, quatrième génération, avec son 4 cylindres atmosphérique. Chez Fiat, et surtout chez Abarth, c’est une tout autre histoire. Le moteur, un 4 cylindres turbo 1,4 litre MultiAir développé en Italie, est acheminé jusqu’au Japon pour être assemblé sur la plateforme commune.

Abarth 124 Spider (Anaëlle Petit / Möteur Média)

La commercialisation de l’Abarth 124 Spider démarre en juin 2016 en Italie, et en septembre 2016 sur les marchés d’exportation, dont la France.

Un design qui revendique son héritage

L’Abarth 124 Spider ne cache pas ses racines. Sa ligne s’inspire directement de la Fiat 124 Sport Spider de 1966, le cabriolet dessiné par Tom Tjaarda chez Pininfarina qui avait fait les beaux jours des routes pendant deux décennies. Capot long, poupe courte, proportions de roadster pur : la filiation est évidente.

Abarth 124 de 1966 et de 2016 (Stellantis)

Mais Abarth y ajoute sa patte. Le capot noir mat anti-reflets, signature visuelle de la marque, tranche avec la carrosserie. Les sorties d’échappement quadruples en inox chromé annoncent la couleur. Les jantes en aluminium de 17 pouces, les étriers de frein Brembo peints en rouge, les coques de rétroviseurs spécifiques : chaque détail dit que ce n’est pas une simple Fiat. C’est une Abarth.

À 4,05 mètres de long, 1,74 mètre de large et seulement 1,23 mètre de haut, elle est compacte, ramassée, presque menaçante. À bord, la plaque numérotée sur le tableau de bord, les surpiqûres sur les sièges en cuir et Alcantara, le compte-tours à fond rouge rappelant les Ferrari.

Le moteur : petit calibre, grande sonorité

C’est là que tout se joue. Le 4 cylindres en ligne 1,4 litre MultiAir turbo développe 170 chevaux et 250 Nm de couple. Ce dernier disponible en mode Sport grâce à l’ouverture des valves d’échappement. Ces chiffres peuvent sembler modestes sur le papier. À bord, ils font une tout autre impression.

Car l’Abarth 124 Spider ne pèse que 1 060 kg. Le rapport poids-puissance change tout. Le 0 à 100 km/h est abattu en 6,8 secondes, la vitesse de pointe atteint 232 km/h. Mais ces chiffres bruts ne racontent pas l’essentiel. L’essentiel, c’est le son.

L’échappement Record Monza, spécifiquement développé par Abarth, est une symphonie à lui seul. En accélération, des claquements secs à chaque changement de rapport. Au relâcher de la pédale, des « pop-pop » impertinents qui font se retourner les passants. Pour un 4 cylindres de 1,4 litre, c’est une performance sonore rare.

Abarth 124 Spider (Anaëlle Petit / Möteur Média)

Le moteur n’est pas un amateur de très hauts régimes. Il préfère la plage entre 2 000 et 5 000 tr/min, là où le turbo exprime le mieux son couple. Mais la boîte manuelle à 6 rapports, avec son levier court et précis, permet d’exploiter cette fenêtre à merveille. Un vrai délice.

Sur la route : joueur, mais pas piégeux

Siège baissé au maximum, un volant ajusté en hauteur, capote baissée en moins de trois secondes. Vous voilà au ras du bitume, comme dans un karting. Le monde défile différemment depuis là.

L’architecture propulsion, moteur longitudinal, roues arrière motrices, associée au différentiel autobloquant mécanique (absent sur la Mazda MX-5 de base à 165 chevaux) confère à l’Abarth 124 Spider un caractère propre. En mode Normal, le comportement est sain et facile. En mode Sport, direction plus consistante, moteur libéré, échappement ouvert. L’arrière s’anime, cherche à décrocher, mais reste gérable. Les essayeurs qui l’ont pris en main s’accordent : c’est joueur, mais pas piégeux.

Le freinage signé Brembo est à la hauteur : étriers à 4 pistons fixes en aluminium à l’avant, disques ventilés de 312 mm, étriers flottants à l’arrière. Mordant, endurant, adapté à une utilisation sportive sans nécessiter de compromis au quotidien.

Abarth 124 Spider (Anaëlle Petit / Möteur Média)

Le confort, lui, est… Spartiate. Les suspensions sont raffermies par rapport à la Fiat 124, les barres stabilisatrices au diamètre augmenté, les ressorts raidis. Sur route dégradée, ça peut agacer. Mais sur une route de montagne bien tracée, c’est exactement ce qu’il faut.

Seul regret : la boîte automatique. Disponible à la commande, elle altère sensiblement l’agrément, avec une gestion hésitante des rapports et un moteur maintenu à des régimes peu favorables à l’expression du turbo. Le conseil est unanime : la manuelle, toujours la manuelle.

Les versions spéciales : la rareté comme programme

Abarth ne s’est pas contentée d’une seule déclinaison. En trois ans de production, plusieurs séries spéciales sont venues ponctuer la carrière de la 124 Spider.

L’Abarth 124 Spider Scorpione est la version la plus épurée : noire uniquement, sans options. La sobriété comme luxe.

L’Abarth 124 GT, lancée au Salon de Genève 2018, est la pièce maîtresse. Elle reçoit un hard-top amovible entièrement en fibre de carbone, directement issu du travail d’Abarth sur la version de rallye : premier toit rigide carbone de son segment. Le coupé se glisse par-dessus le roadster pour livrer une GT de poche, plus confortable sans rien perdre de son caractère. Prix à l’époque : 40 900 euros.

L’Abarth 124 Rally Tribute, dévoilée au Salon de Genève 2019, est la plus rare. Produite à seulement 124 exemplaires, elle célèbre la victoire de la 124 Rally dans la Coupe FIA R-GT en 2018. Disponible en rouge Costa Brava ou blanc Turini, avec capot noir mat, jantes OZ ultralégères blanches de 17 pouces, 4 kilos de moins par roue par rapport aux jantes standard. On y retrouve aussi des freins Brembo de série et une plaque numérotée à l’intérieur. Une pièce de collection dès sa sortie d’usine.

Abarth 124 Spider (Anaëlle Petit / Möteur Média)

La 124 Rally : la compétition comme prolongement naturel

La route n’était qu’un début. En septembre 2016, au Rallye de Rome, une version de compétition homologuée en catégorie FIA Groupe R-GT prend le départ. L’Abarth 124 Rally est née.

Sous ses airs de voiture de série, elle cache un moteur de 1 800 cm³ développant 300 chevaux, une boîte séquentielle, un différentiel autobloquant mécanique et un poids ramené à 1 000 kg. Un châssis rigidifié, une carrosserie allégée : 60 kilos de moins que la version de route.

En 2018, la consécration. Le duo français Raphaël Astier et Frédéric Vauclaire remporte le Championnat du monde FIA R-GT, avec une course d’avance. Victoires au Tour de Corse, au Rally di Roma Capitale, au Barum Czech Rally Zlín. En 2019, les Italiens Enrico Brazzoli et Manuel Fenoli font de même, décrochant le titre pour la seconde année consécutive. Au total, en deux saisons et demie, la 124 Rally accumule plus de 80 victoires à travers toute l’Europe.

De la course à la route : c’est ce palmarès qui inspirera directement la 124 GT et la 124 Rally Tribute, prolongements civils d’une aventure sportive menée tambour battant.

Décembre 2019 : fin de série

Quatre ans après son annonce, trois ans après son lancement, la chaîne d’assemblage d’Hiroshima s’arrête. En décembre 2019, la production de l’Abarth 124 Spider est définitivement stoppée. Au total, environ 40 000 exemplaires de la 124 Spider (toutes versions confondues) auront été produits dans le monde. En France, seulement 375 Abarth 124 Spider ont trouvé preneur, dont à peine 130 en boîte manuelle, ce qui explique leur cote déjà bien orientée à la hausse sur le marché de l’occasion.

Les raisons de l’arrêt sont les mêmes que celles qui ont emporté tant de ses semblables : normes antipollution impossibles à satisfaire avec un tel moteur sans investissement colossal, marché de niche insuffisant pour justifier un développement, et une époque qui avance à contre-sens des roadsters à deux places.

La Mazda MX-5, elle, continue sa route. Seule.

Une piqûre qui ne s’efface pas

L’Abarth 124 Spider était une anomalie dans le paysage automobile des années 2010. Légère, sonore, propulsion manuelle, capote en toile, coffre de 140 litres, conduite au ras du sol. Tout ce que le reste du marché avait décidé d’oublier, elle l’assumait avec une fierté tranquille.

Elle n’a pas été un succès commercial. Elle n’a pas changé les tendances. Mais elle a offert à ceux qui ont eu la chance de la conduire, sur une petite route sinueuse, moteur dans les tours, échappement en fête, quelque chose que l’argent ne peut plus vraiment acheter en neuf aujourd’hui. Actuellement, comptez 30 000 € pour une version de base en bon état.

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