Du 15 au 19 juillet prochain, le circuit de Silverstone accueille le plus grand challenge étudiant européen : la Formula Student Class. Le principe ? Des équipes d’étudiants du monde entier présentent une monoplace la plus complète et fonctionnelle possible. L’EIGSI Formula Team de La Rochelle participe cette année et nous parle des coulisses de sa préparation.

L’EIGSI Formula Team, c’est 74 élèves en école d’ingénieur généraliste à La Rochelle. Ensemble, ils sont en train de concevoir une monoplace de A à Z. Leur but : la voir rouler à Silverstone en juillet prochain, lors de la Formula Student Class. Ils seront 25 à se rendre au Royaume-Uni pour l’évènement, dont cinq pilotes. Cette course, organisée chaque année par l’Institution of Mechanical Engineers (IMechE), met en compétition des équipes venues du monde entier dans des épreuves à la fois statiques et dynamiques.

Des épreuves complètes et précises

Parmi les épreuves statiques, d’abord, il y a la présentation de la voiture, avec l’explication des choix techniques, puis des coûts détaillés que sa production a engendrés. « En fait, on explique quels sont les coûts si on devait industrialiser la voiture. On a aussi bien les coûts de matière première, les coûts de transformation, les coûts des personnes, etc.« , raconte Arthur Regard, Team principal de l’équipe depuis le mois de septembre.

« C’est vraiment un grand niveau de détail« , poursuit-il. « Il faut expliquer que pour produire la voiture, il faut par exemple faire quatre trous. Ceux-là sont faits par un technicien qui est payé tant à l’heure. » Après avoir présenté le business plan, place à la pratique, aussi appelée « épreuves dynamiques« . La voiture passe par un contrôle technique avant de se mettre en piste.

Là, il y a notamment une épreuve d’accélération en ligne droite, « elle fait environ 70 mètres« , puis l’épreuve majeure : l’endurance. « C’est 27 fois le tour de qualif qui fait un kilomètre », explique Arthur Regard. Selon lui, si la distance de 27 kilomètres « peut paraître banale, 27 kilomètres avec une voiture qu’on a fait nous-mêmes, c’est énorme« .

Un règlement complexe

Une grande distance pour des jeunes voitures qui pousse chaque année de nombreuses voitures à abandonner. L’année dernière par exemple, une centaine de monoplaces étaient inscrites. Seulement 30 ont passé le contrôle technique et huit ont été au bout de l’épreuve.

Le concept de monoplace de l’EIGSI Formula Team pour la Formula Student Class
Photo remise – © Formula Student Team

La faute, aussi, au règlement très complexe. « C’est 200 pages en anglais donc parfois la traduction n’a pas le même sens« , rapporte Chléa Bardon, responsable communication de l’équipe. « On essaye de respecter le règlement à la ligne, mais il y a aussi l’appréciation du jury qui compte. Et on est pas tributaire de ça« , continue Chléa Bardon.

Cela signifie aussi que lorsque l’équipe arrive à la compétition, elle ne sait pas si la monoplace sera jugée conforme et pourra disputer les épreuves dynamiques.

Objectif mise sur roues

Un doute auquel l’EIGSI Formula Team ne pense pas pour le moment. Car l’échéance approche et il reste beaucoup à faire sur la voiture. La compétition est faite pour qu’il y ait différentes étapes de qualifications, avec des dead lines spécifiques à chaque fois.

L’équipe espère rapidement mettre la voiture sur roues. « Ça arrive très vite, c’est vraiment notre prochain objectif« . Ensuite, il faudra « la faire démarrer et le reste, ce sera du réglage« , continue Arthur Regard.

Aujourd’hui, le châssis est arrivé et prêt à être installé. Mais il manque quelques pièces : « Je pense par exemple aux pièces entre le châssis et le siège, on les a mais on a pas les pièces qui vont entre les deux.« 

Sur leur temps personnel

Une construction « pas à pas » que l’équipe prend le temps de faire en dehors du parcours scolaire. « Ce n’est pas un projet d’étude et on a tous nos études à côté. On sait qu’on va avoir une période de partiels en mai, donc on essaye d’avoir fait le maximum pour fin avril« .

L’équipe a reçu le châssis de sa monoplace en mars dernier
Photo remise – © EIGSI Formula Team

Le fait que ce projet ne soit pas compris dans le parcours d’études implique pour les membres de l’EIGSI Formula Team de prendre sur leur temps personnel pour travailler sur le projet. Chléa Bardon explique : « On ne peut pas compter précisément le nombre d’heures, c’est propre à chacun, mais moi, je passe peut-être 15 h par semaine en tant que manager« . Elle considère qu’un membre de l’équipe travaille environ six ou sept heures hebdomadaires.

Comme une entreprise

L’EIGSI Formula Team est composée de plusieurs équipes, chacune avec un rôle précis et un manager. Il y a l’équipe technique, divisée en deux parties : fabrication et conception. L’équipe business gère la partie business plan, une autre est dédiée à la gestion logistique, trésorerie et RH. Pour entrer dans l’équipe, les managers organisent chaque année des périodes de recrutement, avec des entretiens pour les candidats.

« On a vraiment le fonctionnement d’une entreprise« , remarque Arthur Regard. « On a des phases où on ouvre des postes, les gens postulent. C’est même eux qui nous disent souvent « j’ai l’impression que vous êtes une entreprise »« .

Les nouveaux arrivants entrent souvent dans l’équipe Concept Class. « Pour qu’ils puissent se former. » La Concept Class, c’est l’épreuve qui précède la Formula Student Class. Elle ne comprend que les épreuves statiques. Ses membres évoluent ensuite pour changer de poste et travailler sur la monoplace l’année suivante.

50 à 60 000€

Parmi les différentes équipes, il y a aussi une équipe partenariale. Celle-ci est nécessaire pour récolter les fonds qui servent à construire la monoplace. « On a des partenariats, par exemple financiers, même si c’est dur à trouver« , selon Chléa Bardon. Ils sont aussi soutenus par des entreprises : « On fait sous-traiter la fabrication. L’entreprise Teck-inox nous a soudé le châssis« . Pour le reste du budget, « on essaye de participer à des appels à projets, des trucs comme ça pour gagner de l’argent à droite à gauche« .

Un budget total qui s’élèverait à « 50 à 60 000€« , pour Arthur Regard. Cette somme élevée ne permet pas à toutes les équipes qui le souhaiteraient de pouvoir participer à la Formula Student Class d’une année sur l’autre, par manque de moyens pour s’aligner aux nouvelles règles.

Le comité d’organisation s’en est rendu compte et « fait demi-tour là-dessus« , constate le team principal. L’EIGSI Formula Team, elle, espère bien performer sur le circuit de Silverstone cette année, et réitérer l’expérience dès l’année prochaine. « On ne sait pas si on améliorera celle-ci ou si on en créera une nouvelle. Le seul truc qui est garanti, c’est que ce ne sera pas la seule et pas la dernière« , conclut Arthur Regard.

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