Chaque année, la Fondation VINCI Autoroutes publie les résultats de son Baromètre de la conduite responsable. Réalisée par Ipsos bva, cette 16ème enquête annuelle rend compte des comportements et des représentations des Européens au volant. Elle permet de suivre l’évolution des conduites à risque et des bonnes pratiques. Objectif : mieux orienter les messages de prévention
Pour la France, 98 % des conducteurs estiment avoir une conduite positive, alors que 71 % jugent négativement celle des autres. Ce décalage crée un biais de sur‑confiance qui nourrit des comportements à risque. En effet, si on pense conduire bien, alors on laisse une porte à la faute. Par conséquent 88 % reconnaissent dépasser les limitations de vitesse, parfois sans en mesurer les conséquences.
De plus, 35 % prennent le volant alors qu’ils se sentent très fatigués, un facteur pourtant majeur d’accidents. Ainsi, la perception individuelle reste largement déconnectée de la réalité. Cette sur‑évaluation de ses propres compétences conduit à minimiser les dangers, ce qui contribue à freiner la baisse de l’accidentalité en France. L’étude montre aussi que cette confiance excessive s’installe durablement, car elle s’appuie sur des habitudes « ancrées et rarement remises en question ».
Des comportements dangereux banalisés
L’enquête met en lumière une banalisation massive des distractions au volant. À noter que 62 % des conducteurs téléphonent en conduisant, même en mode mains libres. Par ailleurs, 36 % utilisent des applications pour signaler des événements sur la route, ce qui détourne leur attention.
De plus, 77 % manipulent leur smartphone ou leur GPS en roulant. Ipsos révèle également que 29 % lisent ou envoient des SMS, malgré les risques connus. Des chiffres particulièrement préoccupants puisque, l’usage du téléphone se démocratisant, la distraction sera d’autant plus présente au volant.
Enfin, 81 % détournent le regard plus de deux secondes, une durée suffisante pour parcourir plus de 50 mètres à 90 km/h. Ces gestes, répétés chaque jour, montrent à quel point les comportements dangereux se sont accoutumés. Le téléphone, devenu une distraction majeure, constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs accidentogènes.
Agressivité et incivilités : une tension croissante
L’étude Ipsos souligne aussi une montée des tensions entre usagers. Ainsi, 87 % des conducteurs déclarent avoir peur du comportement agressif des autres, ce qui traduit un climat routier tendu.
Pourtant, 62 % reconnaissent injurier un autre conducteur, tandis que 51 % klaxonnent de manière agressive. De plus, 29 % admettent coller volontairement un véhicule. Un comportement particulièrement dangereux en cas de freinage d’urgence. Enfin, 13 % descendent de leur voiture pour s’expliquer, signe d’une agressivité qui dépasse parfois le cadre routier.
À lire aussi : « Caméras LAPI : ce que vous devez savoir sur ce scanneur de voiture »
Cette accumulation d’incivilités crée un environnement anxiogène et augmente mécaniquement les risques d’accident. Elle montre aussi que la route est un espace de confrontation, où la frustration et l’impatience gagnent en puissance.
Jeunes conducteurs : une exposition accrue aux risques
Les jeunes conducteurs de 16 à 24 ans sont largement surreprésentés dans les comportements à risque car 49% envoient et/ou lisent des SMS ou des mails (contre 29% des conducteurs en général).
De plus, 6 % conduisent après avoir consommé des drogues, contre 2 % pour l’ensemble des conducteurs. Cette surexposition se reflète dans les chiffres de la mortalité routière : les 18–24 ans représentent 16 % des décès, alors qu’ils ne constituent qu’une faible part des conducteurs.
Cette réalité montre que les comportements dangereux touchent particulièrement les jeunes, pour qui les distracteurs numériques sont omniprésents. Elle souligne aussi l’urgence d’adapter les campagnes de prévention à la prise de stupéfiants, notamment autour du protoxyde d’azote, très consommé en ce moment.









