Situé au cœur des Ardennes belges, Spa-Francorchamps accueille ce week-end le Grand Prix de Belgique de Formule 1 sur l’un des circuits les plus appréciés des pilotes. Son histoire mouvementée et ses virages font de lui un circuit incontournable en F1 malgré des changements stratégiques imposés par la nouvelle réglementation moteur. Explications.

Spa-Francorchamps et son histoire

Avant de devenir l’un des rendez-vous incontournables du calendrier mondial, Spa-Francorchamps était un circuit bien différent de celui que connaissent les fans aujourd’hui. Créé en 1921 par Jules de Thier, Joseph de Crawhez, Henry Langlois Van Ophem et le baron Raymond de Tornaco, le tracé original reliait les communes de Francorchamps, Malmedy et Stavelot sur près de 15 km.

À l’époque, le circuit utilisait des routes publiques ouvertes à la circulation en dehors des compétitions. L’objectif était de créer un tracé rapide, long et spectaculaire. Les premiers grands événements ne tardent d’ailleurs pas à arriver puisque les 24 heures de Spa-Francorchamps voient le jour en 1924, avant l’arrivée du Grand Prix de Belgique de Formule 1 dès 1925.

Mais au fil des décennies, l’évolution des voitures transforme profondément le rapport entre les pilotes et le circuit. Les vitesses toujours plus élevées rendent certaines portions extrêmement dangereuses. Le tracé historique, qui dépassait les 14 km, finit par disparaître en 1978 pour une version plus courte et mieux adaptée aux exigences modernes de sécurité.

En 1979, le nouveau Spa-Francorchamps voit le jour avec un tracé raccourci à environ 7 km. Malgré cette transformation, l’esprit du circuit est toujours le même : de longues lignes droites, des changements d’altitude importants et des virages dans lesquels le courage fait encore la différence.

L’Eau Rouge-Raidillon, un symbole de la Formule 1

Impossible de parler de Spa-Francorchamps sans évoquer son passage le plus célèbre : l’Eau Rouge-Raidillon.

Après l’épingle de La Source, les pilotes plongent dans une descente avant d’enchaîner un gauche-droite-gauche avec un important dénivelé. La voiture est comprimée au fond de la vallée avant de repartir en montée vers la ligne droite de Kemmel.

Longtemps, ce passage a été considéré comme l’un des plus grands défis du calendrier. Les anciennes générations de Formule 1 devaient y être négociées avec précision, parfois avec une visibilité limitée au sommet du Raidillon.

Aujourd’hui, les monoplaces modernes permettent de franchir l’enchaînement à pleine vitesse, mais cela ne retire rien à sa difficulté. Un tracé imprévisible qui fait de lui un circuit à part, souvent cité parmi les favoris du paddock.

« Si vous demandez à n’importe quel pilote quel est son circuit préféré, 8 sur 10 répondront Spa » Lewis Hamilton

Si l’Eau Rouge-Raidillon est l’un des passages favoris des pilotes, il rappelle aussi la dangerosité du circuit. Plusieurs accidents graves ont marqué cette portion, notamment celui d’Anthoine Hubert en Formule 2 en 2019, puis celui de Dilano Van ’t Hoff en Formule Régionale en 2023.

Chaque virage raconte une histoire

Le circuit ne se résume pas à ce seul passage mythique. Sur plus de 7 km, les pilotes doivent gérer une succession de virages aux difficultés et caractéristiques très différentes.

Après le Raidillon, on retrouve la ligne droite de Kemmel, l’une des principales opportunités de dépassement grâce au freinage des Combes. Cette longue portion en montée demande quand même un compromis entre vitesse de pointe et appui aérodynamique.

Plus loin sur le tracé, Pouhon représente l’un des passages les plus impressionnants. Ce double gauche rapide demande une grande précision et une confiance totale dans l’équilibre de la voiture.

Blanchimont, courbe rapide en aveugle située dans la dernière partie du tour, fait elle aussi partie des secteurs emblématiques.

Enfin, le tour se termine par la chicane du Bus Stop, une zone plus lente où les dépassements restent possibles avant de retrouver la ligne droite des stands.

Une diversité qui peut justifier la popularité de Spa : le circuit demande de la puissance moteur, de l’efficacité aérodynamique, mais également une grande précision de pilotage.

Un défi unique avec la réglementation 2026

Avec l’arrivée de la nouvelle réglementation moteur en Formule 1, Spa-Francorchamps révèle de nouveaux défis pour les équipes.

La nouvelle génération d’unités de puissance repose sur un équilibre beaucoup plus important entre moteur thermique et énergie électrique.

On le sait, depuis le début de la saison, la gestion de la batterie est devenue un élément stratégique majeur, particulièrement sur les circuits comportant de longues portions à pleine charge.

À Spa-Francorchamps, la longueur du tracé et ses nombreuses lignes droites compliquent cette gestion. Les pilotes doivent choisir où utiliser leur énergie électrique pour maximiser leurs performances.

Fernando Alonso estime même que le circuit belge pourrait devenir l’un des plus grands tests de la saison.

« Silverstone et Spa sont des circuits très gourmands en énergie et il est impossible de déployer l’énergie sur toutes les lignes droites »

Fernando Alonzo, lors du Grand Prix de Silverstone, à propos du GP de Spa.

L’Espagnol souligne notamment le dilemme rencontré par les pilotes : utiliser toute l’énergie disponible dans la première partie du tour permet de gagner de la vitesse dans les longues lignes droites, mais risque de laisser les voitures sans assistance électrique dans le deuxième secteur. « Si vous utilisez l’énergie entre le virage 1 et le virage 5, c’est terminé pour le reste du tour ».

Cette situation pourrait même créer un phénomène inhabituel : une Formule 2, équipée d’un châssis Dallara et d’un moteur V6 turbo Mecachrome, pourrait temporairement disposer de plus de puissance qu’une Formule 1 lorsque cette dernière a épuisé son énergie électrique. Il faut quand même noter que sur l’ensemble d’un tour, la F1 reste évidemment plus rapide, mais le défi technique est tout de même bien présent.

« (…) cette année, nous disposons d’une puissance nettement inférieure à celle de l’année dernière et inférieure à celle des F2 (…) c’est un vrai défi. »

Fernando Alonso au sujet des nouvelles voitures.

Spa-Francorchamps face aux nouvelles technologies

En plus de la gestion de batterie, les écuries devront aussi considérer les zones de mode ligne droite. Cette année, la FIA a adapté l’utilisation de ce mode à Spa-Francorchamps. Cinq zones seront disponibles sur le circuit belge, dont une avant l’Eau Rouge, une décision qui pourrait influencer les stratégies des pilotes. Spa devient donc le deuxième circuit avec le plus de zones de mode ligne droite depuis Melbourne.

Ce système réduirait la traînée aérodynamique dans certaines portions rapides afin d’augmenter la vitesse de pointe. Contrairement à l’ancien DRS (Drag Reduction System), il s’intégrerait dans une idée plus globale de la performance et de la gestion énergétique.

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Avatar de Océane Portelli

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