Circuit mythique de la Formule 1, Suzuka a été le théâtre de nombreux moments décisifs, entre sacres, rivalités et drames. De Senna à Verstappen, retour sur cinq épisodes qui ont marqué l’histoire du Grand Prix du Japon.
Au calendrier depuis 39 ans, le circuit de Suzuka a connu énormément de Grands Prix marquants dans l’histoire de la Formule 1. Aujourd’hui on revient sur cinq faits marquants qui se sont passés au Grand Prix du Japon.
1987 : Premier Grand Prix et le titre de Piquet
27 ans après la construction du circuit à la demande de Soichiro Honda, le circuit s’ouvre au championnat du monde de Formule 1. Avant-dernier Grand Prix de la saison, le Japon promet un match décisif pour le titre entre Nelson Piquet et Nigel Mansell. Lors des qualifications, le coéquipier du Brésilien, Nigel Mansell, se brise une vertèbre en heurtant un rail dans un ultime effort pour tenter de lui arracher la pole position. Il aborde trop vite la courbe Shita, la dernière de l’enchaînement des Esses. Conscient, il est emmené à l’hôpital universitaire de Nagoya et est admis en soins intensifs. Le lendemain matin, il annonce à Jean-Marie Balestre, le président de la FIA à l’époque, son forfait pour la course.
Nelson Piquet devient donc avant même le départ de la course triple champion du monde en décrochant la couronne de 1987. Victime de son moteur, il termine la course à la 15e place.
1989 : Le duel Prost vs Senna
Après une première année et un premier sacre chez McLaren, Ayrton Senna compte bien remporter son deuxième titre à Suzuka. Mais les tensions entre les deux coéquipiers commencent à se sentir et Alain Prost n’est pas prêt à laisser le Brésilien s’emparer de la victoire si facilement. D’ailleurs, le Français est en bonne position au championnat avec ses 76 points contre 60 pour son coéquipier. Mais le règlement de l’époque ne retient pas tous les résultats, les moins bons étant effacés. Or Prost a déjà si bien scoré que presque tout ce qu’il marquera encore ne comptera pas. Il ne peut gagner que six points maximum, contre dix-huit pour Senna.
Il ne peut que gagner pour être titré. A contrario, si c’est Senna qui l’emporte au Japon, il est champion. Sinon, le suspense dure jusqu’en Australie.
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Sous l’œil impétueux de Jean-Marie Balestre, Ayrton Senna s’empare de la pole position à seulement 0.738 secondes du Français. Mais lors du départ, le Pauliste manque son démarrage et concède la tête à Alain Prost, qui s’envole à déjà 3,8 secondes lors des cinq premiers tours.
Reprenant des secondes au Français tout le long de la course, le Brésilien évalue les possibilités de dépassement lors du 44e tour. Il estime qu’il ne pourra doubler son équipier qu’à la chicane Casio. Il doit impérativement réussir, sinon le titre mondial lui échappera. Mais trois tours plus tard, avant la dernière chicane, Senna plonge à l’intérieur, les roues des deux voitures entrent en contact et terminent leur freinage hors-piste. Prost abandonne tandis que Senna repart aidé par les commissaires de piste. Le Brésilien reprend la course, franchit le drapeau à damier en tête, puis Ron Dennis lui annonce sa disqualification. L’histoire ira jusqu’en justice avec la décision du patron de l’écurie de faire appel, mais le tribunal de la FIA concède le championnat à Alain Prost.
1990 : la revanche d’Ayrton Senna
Un an après les différents entre le Français et le Brésilien, Alain Prost a rejoint les rangs de Ferrari. Pour la troisième année d’affilée, le championnat se joue entre les deux pilotes sur le circuit de Suzuka. En tête pour neuf points, Senna doit terminer devant Prost, pour être sacré champion du monde pour la seconde fois. Mais si Alain Prost termine devant, la finale à Adélaïde en Australie départagera les deux pilotes.
Néanmoins, il reste une autre solution pour voir Senna titré ce week-end-ci. Un double abandon. Et c’est exactement ce qui se passe au départ.
En pôle position de l’épreuve, Ayrton Senna n’est pourtant pas le plus heureux. Celle-ci se place à droite de la piste, sur le côté sale, ce qui lui ferait perdre l’avantage qu’est censé lui offrir cette pôle. Mais le président de la FIA, que Senna soupçonne de donner l’avantage à son compatriote, ne veut rien entendre. D’autres tensions lors du briefing du dimanche matin font monter la colère chez “Magic Senna”, notamment la question de la chicane qui lui a valu le titre de 1989. Lorsqu’un journaliste demande à Senna ce qu’il attend de cette course, le Pauliste répond: « Je vais récupérer mon dû. Tout simplement. »
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Comme attendu, Alain Prost prend un meilleur départ et s’empare des commandes de la course mais, à sa droite, Ayrton Senna reste dans les rétros. À l’abord du premier virage, le Pauliste ne ralentit pas, et se cale entre la Ferrari et le vibreur sans aucune chance de pouvoir le dépasser. Les deux champions abandonnent mais Ayrton Senna vient de décrocher son deuxième titre mondial.
2014 : Le destin tragique de Jules Bianchi
En 2014, la Formule 1 n’a plus connu de mort en course depuis Imola 1994 avec l’accident d’Ayrton Senna.
En ce 5 octobre 2014, la pluie battante s’abat sur la région de Suzuka. Le typhon fait planer le doute quant aux départs du Grand Prix. Mais les conditions météorologiques ne sont pas insurmontables et la course prend par sous-procédure de Safety Car avant de faire un drapeau rouge agité.
Toutefois, la course connaît une accalmie et les pilotes continuent les activités en piste. Mais les conditions se remettent à empirer et la visibilité se dégrade au fur et à mesure que le temps passe.
Les pneus intermédiaires passés lors de l’accalmie sont en fin de relais et Adrian Sutil perd le contrôle de sa Sauber dans le virage Dunlop lors du 42e tour. La monoplace traverse la piste avant de percuter le mur de pneus à l’extérieur du virage.
Un double drapeau jaune est agité et un engin de levage intervient pour dégager la voiture du pilote. Mais un tour plus tard, le Français Jules Bianchi perd également le contrôle en passant sur une rigide qui s’est formée depuis plusieurs tours maintenant. La Marussia, à 126km/h, percute l’engin de levage. Sous la violence, l’engin de 6 500 kg est soulevé, la Marussia finit sa course dans l’échappatoire. Le choc entre la monoplace et l’engin est mesuré à 58,8 G. Mais celui entre la tête du pilote et le même engin sera, lui, estimé plus tard à 254G.
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Le pilote français est rapidement pris en charge. Inconscient, il est emmené d’urgence à l’hôpital. Une fois sur place, le verdict tombe : le Français souffre d’une lésion axonale diffuse et sera pendant neuf mois entre la vie et la mort, avant de succomber le 17 juillet 2015.
2022 : Le sacre de Verstappen
Avec une saison quasi parfaite en 2022, Max Verstappen arrive à la 18e manche avec une avance colossale de 104 points sur Charles Leclerc. Le Néerlandais est promis au titre, reste à savoir quand il sera officiellement sacré.
Fort de ses onze victoires, le pilote Red Bull aborde Suzuka avec sérénité. Il décroche la pole position pour dix millièmes seulement devant son rival monégasque, dernier prétendant encore mathématiquement en lice, malgré des chances devenues infimes.
Le scénario de course semble presque écrit d’avance. Malgré une épreuve perturbée par la pluie, Verstappen s’impose. Mais c’est après l’arrivée que tout bascule. Charles Leclerc écope de cinq secondes de pénalité pour avoir court–circuité la dernière chicane dans les derniers mètres. Relégué au troisième rang, il offre un doublé à Red Bull et le titre mondial à Max Verstappen.









