Depuis le début de la saison 2026, les critiques des pilotes se multiplient concernant la nouvelle réglementation. Elle donnerait trop de place à la gestion d’énergie, au détriment du pilotage pur. Ce problème a notamment été exposé lors du week-end à Spa-Francorchamps.

Les unités de puissance de 2026 reposent sur une contribution quasi égale du moteur thermique et du système électrique. En théorie, les unités peuvent développer environ 1000 chevaux, mais dans les phases les plus intenses d’un tour, cette puissance peut diminuer jusqu’à atteindre deux fois moins de chevaux. On remarque donc, une fois l’énergie électrique épuisée, une chute de puissance assez conséquente.

Trop de gestion, pas assez de pilotage

Max Verstappen a évoqué ce problème de baisse de puissance après son week-end à Spa. Il explique que le moteur thermique seul développerait seulement 450 à 500 chevaux, alors qu’il doit vaincre la traînée aérodynamique d’une F1.

« Le deuxième secteur repose sur une puissance d’environ 450 à 500 ch. C’est une puissance digne de la F3 alliée à une aérodynamique de F1. »

Max Verstappen lors de la conférence de presse après les qualifications du GP de Belgique, le 18 juillet 2026.

Lando Norris va dans le même sens. Selon lui, le passage entre les réglages ligne droite et les réglages virage peut donner l’impression de « piloter une Formule 4 », en particulier dans les transitions de Spa.

Liam Lawson a également confirmé les difficultés rencontrées durant le week-end de Spa. Il détaille les segments du circuit dans lesquels la voiture est privée de puissance car les pilotes doivent recharger la batterie.

« On est évidemment déjà à court d’énergie, juste après Eau Rouge. Ensuite on doit recharger sur toute la partie centrale du tour, donc on n’a juste pas de puissance du virage 5 au virage 8. On n’a pas de puissance du virage 9 au virage 10 […] et on n’a pas de puissance du virage 11 au virage 12 […], juste pour s’assurer qu’on récupère autant de batterie que possible. Et ensuite on la vide évidemment à nouveau vers Blanchimont, et on est de nouveau à court d’énergie. C’est un Spa très différent des années précédentes, celui-ci me paraît le pire jusqu’ici, même comparé à Silverstone. »

Liam Lawson, The Race, le 18 juillet 2026.

George Russell a expliqué au micro de Canal+ que son accident dans le premier tour de Spa était sûrement dû à un problème de batterie.

« Je suis sortie du 1er virage, sans aucune batterie, sans aucune puissance. Très franchement, c’était dangereux, quand je suis arrivé en haut d’Eau Rouge, je n’avais aucune batterie, j’étais plus lent qu’une Formule 2. C’est ce qui me met le plus en colère. Quelque chose doit changer. »

Georges Russell, Canal+, après son abandon au GP de Belgique, le 19 juillet 2026.

Déjà à Silverstone, Fernando Alonso critiquait le règlement. Selon lui, le pilotage dépend, aujourd’hui, davantage de la gestion d’énergie que du talent de pilotage pur.

« Il faut simplement avoir plus d’énergie électrique que la voiture de devant, appuyer sur le bouton et dépasser. Voilà la nouvelle Formule 1. »

Fernando Alonso, dans le carré média (media pen) après les qualifications du GP de Grande-Bretagne, le 4 juillet 2026 (rapporté par Grandprix.com / Motorsport.com).

Spa-Francorchamps, le pire exemple de la saison

Avec les courses de Silverstone et Spa-Francorchamps le sujet concernant les nouvelles réglementations est revenu sur le devant de la scène. Plusieurs pilotes, tels que Verstappen, Piastri, Norris ou encore Sainz ont déclaré que le circuit belge avait perdu de son intérêt cette année.

« Je pense que personne ne prend autant de plaisir sur un tour de qualification que l’année dernière. C’est clair qu’on a perdu beaucoup avec ces voitures à Spa. Cela dit, je ne veux pas continuer à dénigrer mon propre sport, ça ne servirait à rien. On sait tous que ce n’est pas suffisant, il faut que ça change, ça va évoluer. »

Carlos Sainz, déclaration auprès des médias (media pen) après la séance de qualifications du GP de Belgique, le 18 juillet 2026 (rapporté par GPBlog / RacingNews365 / Motorsport.com).

Les chiffres confirment leur déception. Certaines F1 auraient perdu près de 50 km/h après le virage de Blanchimont une fois le boost électrique épuisé. Et jusqu’à 35 km/h dans le virage de Pouhon par rapport à 2025. Les chronos en qualifications étaient en moyenne quatre secondes plus lents que la saison précédente, avec un écart similaire observé en course.

Le rôle de l’intelligence artificielle

Un autre problème inquiète les pilotes. Cela concerne l’importance des systèmes informatiques à auto-apprentissage, utilisés pour optimiser la gestion de l’énergie tout au long d’un tour.

Ces systèmes calculent quelle puissance doit être utilisée, à quel endroit du circuit et quand. Cela est répartit selon de nombreux paramètres visant à anticiper le déroulement du tour.

Quand une écurie évoque un problème logiciel, comme celui rencontré par George Russell lors de son premier tour à Spa, ce sont souvent ces algorithmes qui en sont la cause.

Plusieurs pilotes se sont plaints de ces systèmes, expliquant que cela enlevait une part de contrôle de la part du pilote.

« Cela ne dépend pas du pilote. Il s’agit simplement d’espérer avoir de la chance et que le groupe propulseur réagisse comme prévu, sans faire de bêtise. »

Lando Norris, déclaration média dans le paddock après le GP de Belgique, juillet 2026 (rapporté par The Race / Motorsport.com).

« C’est nul. Quand les grilles de départ sont déterminées par le bon ou le mauvais fonctionnement d’ordinateurs, c’est une façon vraiment lamentable de faire de la course automobile. »

Oscar Piastri, déclaration auprès des médias (media pen) après les qualifications du GP de Belgique, 18 juillet 2026 (rapporté par Motorsport.com).

Certaines écuries vont jusqu’à désactiver ces algorithmes en qualifications, afin d’éviter tout problème lors du tour rapide.

Un problème qui dépasse Spa

Le circuit de Spa n’est pas un cas isolé. Déjà à Monaco, Fernando Alonso qualifiait cette génération de voitures de pire qu’il n’ait jamais pilotée.

« C’est probablement la pire génération de voitures que j’ai jamais pilotée à Monaco. La façon dont on charge la batterie, avec le freinage et le relâchement de l’accélérateur, crée beaucoup d’inconsistance dans le frein moteur de la voiture. »

Fernando Alonso, déclaration presse à l’issue de la première journée d’essais libres du GP de Monaco, le 5 juin 2026 (rapporté par Motorsport.com / GPBlog).

Max Verstappen a donné son point de vue en expliquant que d’autres circuits rapides, comme Monza, connaitrait le même sort.

« À Monza, ce sera encore la même chose. […] Et c’est dommage. »

Max Verstappen, déclaration dans le carré médias après le GP de Grande-Bretagne, Silverstone, 5 juillet 2026 (rapporté par Nextgen-Auto / Motorsport.com).

Et pour la suite ?

Des ajustements concernant la réglementation sont prévus pour 2027. La part thermique et le débit de carburant devraient donc être plus élevés afin de limiter le manque de puissance.

Mais cela ne résoudra pas les problèmes rencontrés à cause des systèmes informatiques à auto-apprentissage.

Le règlement de 2026 devait apporter plus de batailles en piste. Mais cela ce fait au profit d’une gestion de l’énergie et au détriment du talent des pilotes. C’est exactement pour cette raison que la nouvelle génération de monoplaces n’arrive pas à convaincre les principaux concernés.

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